Pierre Moulin

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Du samedi 10 avril au 9 mai 2010

 

red_house_2008_huile_sur_toile_80x100cm_i_20100320_1257732702Model_2009_Huile_sur_toile_40x90cm Emport

Les images d’origine sont en noir et blanc, extraites le plus souvent d’ouvrages imprimés pendant la Guerre Froide. Encyclopédies, histoires de l’aviation, Time Life, Science et Vie, militaria. Curiosités et révélations retrouvées aujourd’hui comme par miracle dans les profondeurs internautiques et virtuelles. Aérodynamique, expérimentations à haute altitude, ballons stratosphériques. Essais atomiques, déserts irradiés, Roswell. Peurs éternelles malgré le démontage depuis belle lurette de la mécanique divine, mystère claquemuré à l’intérieur des deux dimensions de la toile. Dans un jeu de rayons X et de calcaires, un squelette participe malgré lui à un crash test, attendant l’accident, ceinturé à son siège de pilote.
Au beau milieu de nulle part, un militaire jongle à une main, dans ce trompe-l’oeil, avec un observatoire en suspension, cette planète mécanique. Un homme se tient debout, minuscule, à l’entrée d’une gigantesque soufflerie, contemplatif à l’orée de cette aberration. Dans le cockpit de la peinture, dans ce juste flou de la vitesse arrêtée, deux hommes se perdent dans la traversée des nues. Jeux de perles de verre, manipulations dans les reflets, ergonomies anciennes. Et cet homme qui a vu un ovni, ce gisant aux signes de l’au-delà à jamais gravés dans sa chair. Et ce camp vu en plongée, dans ce brouillard de miel sale, ce territoire caramélisé de souvenirs.
Pierre Moulin recadre ces apparitions, il les habille de couleurs inventées: ocres souillés, verts olivâtres, gris pétrolifères, blancs acides. Des plages abstraites insistent sur le médium seul, en ces champs, quelques gestes enfouis comme une mine nous disent qu’il s’agit bien de peinture. Avec toujours ce blanc, à peine chargé de titane ou de zinc, fidèle à la nudité du lin, qui vient éclairer le sujet en ses retraits, sa réserve. Comment traduire des ondes avec un pinceau, des huiles, un peu de térébenthine, graves problèmes spatio-temporels à résoudre, pure magie à représenter. En un mot le grand jeu de la peinture depuis les frères Van Eyck. Glacis après glacis, en plongée dans la mémoire, une image apparaît, venue du plus profond des arts et des âges, et toujours très actuelle.

François Liénard

 


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